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Tout un défi!

publié le 8 déc. 2008 à 17:58 par Admin Admin

Par Chantal Métivier, membre de Ski Plus

J’ai pensé, maintenant arrivé pour de bon chez moi, de vous relater ma dernière course de la saison qui était tout un défi. Et puis, ça porte bien son nom : le Défi boréal qui consiste en une course de 103 km dans la région de la Côte Nord – plus précisément, à Forestville. Donc, après une série de loppets à travers le Québec : Orford, Keski, Sainte-Anne, Camp Merci, Mont Valin, Yves, mon cher mari et moi-même repartions pour une dernière fois de l’hiver dans le grand nord pour affronter cette longue distance.

La semaine précédant ce défi, certainement il fallait bien dormir, se nourrir, et de ma part, visualiser le parcours une dernière fois (ce que j’ai fait tout l’hiver).

La veille de la course, nous allons skier au Mont Grand Fond et farter nos skis. On annonce -3o C +3o C pour la journée de la course. Enfin, on ne grelottera pas pour une fois!!! Nous arrivons à Forestville en fin d’après-midi où nous logerons au motel Econolodge, le Danube bleu. Il faut dire que j’ai réservé tout spécifiquement à cet endroit car le départ et l’arrivée auront lieu derrière le motel, donc, c’est très pratique.

Après un bon souper de pâtes, nous allons faire dodo avant le grand jour. Samedi matin, je me lève avant Yves et pour ceux qui me connaissent et qui liront ces lignes, savent ma routine habituelle le matin d’une course. Je regarde dehors, déjeune à la pénombre car je ne veux pas réveiller ceux qui dorment dans la chambre et écoute le réseau météo à la télévision avec le son à « mute ». Alors, comme déjeuner, je beurre généreusement deux tranches de pain de beurre d’arachide avec des tranches de bananes au milieu et quelques arachides et raisins secs parsemés ici et là sur le pain. Mmm… que c’est bon! Normalement, je bois du bouillon de poulet mais faute de micro-ondes, je prends de l’eau pétillante.

Le départ est à 7 h et le temps limite est de 10 heures. Plusieurs distances sont au programme pour permettre une plus grande participation soit les 7 km, 27 km, 54 km et le fameux 103 km. Nous sommes 37 skieurs (ou fous?) au départ du 103 km. À 7 h, c’est le signal et nous voilà partis pour un bon bout de temps. Mon but personnel est tout simplement de terminer l’épreuve en un morceau. Alors, mon plan d’action est de skier à une vitesse similaire à celle d’un entraînement de fin de semaine.

Le parcours est en grande partie un réseau pour les motoneiges. Donc, la qualité des pistes n’est pas la même que celle retrouvée dans le parc de la Gatineau. Le terrain étant instable, cela rendait les conditions assez difficiles pour l’équilibre surtout dans les descentes. Les cinquante premiers kilomètres étaient assez montagneux ce qui faisait mon affaire car je suis une grimpeuse – mais usait le « carburant » du corps. L’essentiel était de se nourrir à chaque poste de ravitaillement (à presque tous les 10 km). Je croyais skier en compagnie de quelques skieurs, mais je me suis vite rendue compte que j’étais pour skier toute seule. Une chance que je suis habituée skiant généralement seule lors des sorties de fin de semaine dans le Parc.

Kilomètres 50, 60, 70 passent et là, vers le kilomètre 80, mes jambes commencent à chauffer et mes plantes de pieds à faire mal. Je souhaite seulement de ne pas cramper. La neige commence à devenir molle et la glisse moins bonne. C’est là que le « mental » se joue. Mon but étant de faire sous les huit heures; je regarde ma montre et m’aperçois que ce sera juste. Là, je me dis « laisse faire le temps et termine la course au temps que ça prendra ». Kilomètre 88, l’avant dernier poste de ravitaillement; le petit groupe de bénévoles me crient au loin « vas-y Chantal, vas-y ». Je suis étonnée qu’ils connaissent mon nom. J’ai figuré par la suite qu’ils avaient la liste des noms avec les numéros de dossards correspondants.

Pour leur faire plaisir – car ils sont tellement sympathiques d’être plantés là toute la journée pour voir déferler au compte-gouttes un skieur à la fois - j’arbore un large sourire, mais au fond, ma « cale » commence à être sèche, c’est-à-dire, je manque de jus et mes muscles sont endoloris.

Kilomètre 96, dernier ravitaillement. Encore une fois, on m’encourage par mon nom. Je me dis alors que je vais y arriver. Je regarde encore ma montre et je veux tellement aller plus vite pour faire sous les huit heures mais la neige est chaude et me ralentit comme pas possible.

Kilomètre 100 : 7 h 38, je tente désespérément le tout pour le tout de skier les trois derniers kilomètres le plus rapidement possible. Ce qui m’encourage est d’entendre au loin la voix de l’annonceur à l’arrivée. J’approche du but; je vois maintenant la pancarte et les bénévoles qui m’encouragent vers l’arrivée : 7 h 52.

Quel beau moment. J’en suis émue. Yves est là n’en croyant pas ses yeux de me voir arrivé pas si démolie que ça. Tout le monde me félicite chaudement. On enlève mes skis, mais bizarrement après avoir skié tout ce temps, je ne suis plus capable d’avancer. C’est comme si le corps ne se souvenait plus du mouvement comment marcher. Alors, mon premier geste fut de reculer. Une chance qu’il y avait quelqu’un pour me retenir! Yves et moi avons récupéré tout l’après-midi. Yves a terminé au dixième rang et deuxième dans son groupe d’âge en 6 h 10, et de ma part, deuxième toutes catégories. Je vous assure que nous avons dormi ferme ce soir-là.

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